chronique

Ceux qui contrôlent nos données contrôlent notre avenir !
Alors que les relations entre l’Europe et les États‑Unis traversent une période de tensions politiques, juridiques et commerciales accrues, un fait demeure largement sous‑estimé : plus de 70 % du cloud européen est aujourd’hui contrôlé par trois entreprises américaines : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud.
Autrement dit, une part décisive des données des entreprises, des administrations et parfois des infrastructures critiques européennes dépend d’acteurs soumis au droit américain.
Cette situation n’est pas neutre.
Dans le même temps, la menace cyber explose. Encore ces derniers jours avec Mano Mano, Cegedim Santé, Basic Fit,…. En 2024, plus de 5 600 violations de données personnelles ont été notifiées à la CNIL, soit une hausse de 20 % en un an. L’ANSSI estime que les cyberattaques représentent plus de 100 Mds d’euros de pertes annuelles pour l’économie française. Hôpitaux, collectivités, administrations, PME : aucun secteur n’est épargné.
Les attaques sont désormais industrialisées et parfois instrumentalisées à des fins d’espionnage ou de déstabilisation économique. La donnée est l’un des assets les plus précieux des entreprises ; à ce titre, pour elles-mêmes comme vis-à-vis de l’ensemble de leurs parties prenantes, elles doivent se porter garantes de sa sécurité et de la résilience des infrastructures informatiques et Telecom.
Face à ces risques juridiques, géopolitiques et sécuritaires, la souveraineté des données n’est plus un débat théorique. Elle repose sur trois piliers essentiels : des données protégées et réversibles, des opérations confiées à des acteurs européens réellement hors de portée des lois extraterritoriales, et des technologies ouvertes, évitant les dépendances structurelles.
Mais la souveraineté numérique ne se décrète pas : elle s’organise. La conformité réglementaire, du RGPD aux certifications de sécurité, est indispensable. Mais sans une véritable culture de vigilance, intégrant dès la conception la protection et la réversibilité des données, elle reste insuffisante.
Dans un monde où la donnée est devenue un outil de puissance, continuer à en déléguer massivement le contrôle à des juridictions étrangères revient à accepter une dépendance durable. Assumer la souveraineté numérique, c’est aujourd’hui une condition de notre sécurité, de notre compétitivité et de notre indépendance.
Auteur: Jean Reignier, fondateur de COMEARTH
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