Événements à venir
Aucun événement à venir
Aucun événement à venir

Jean-Gabriel Ganascia, pionnier de l’intelligence artificielle et philosophe des sciences, a publié en septembre 2024 L’I.A. expliquée aux humains (Seuil), dans lequel il démystifie l’IA pour en explorer les multiples dimensions.
L’IA fait peur parce que certains pensent qu’elle consiste à doter les machines d’un esprit. Or ce n’est pas le cas : l’IA ne « pense » pas, elle reproduit simplement certaines facultés mentales humaines pour mieux les comprendre et les simuler.
Va-t-elle supprimer des emplois, voire des métiers ? Rappelons que cette crainte n’est pas nouvelle car des métiers ont été bouleversés à chaque révolution technologique.
En ce qui concerne l’automatisation, les données montrent que le nombre d’emplois n’a pas vraiment décru depuis les années 80 et que les pays les plus robotisés sont aussi ceux où le chômage est le plus faible. Car ce sont surtout des tâches qui s’automatisent et rares sont les métiers mono tâches.
Si la relation entre IA et emploi est loin d’être simple, les impacts sociaux sont eux bien réels : les traducteurs, par exemple, voient leur rôle évoluer. On ne leur demande plus toujours de traduire mais de relire les textes produits par la machine, pour moins cher.
Comme l’écrivait déjà Paul Valéry en 1931, la technologie peut changer le rang des personnes : l’IA ne supprime pas forcément les métiers mais elle en redéfinit profondément la valeur et la place.
Mais le principal danger que représente l’IA pour la société est politique car l’IA peut devenir un outil redoutable de surveillance.
Dans les régimes autoritaires, elle renforce le pouvoir des dictateurs en permettant de suivre chaque citoyen. Mais dans nos démocraties aussi, l’IA transforme insidieusement la vie publique. Les grands acteurs du numérique profilent les individus selon leurs recherches et comportements pour leur fournir des contenus plus personnalisés. Ce « confort » informationnel fragmente la société : chacun reçoit une réalité différente, un fil d’actualité sur mesure, sans contradiction. Or la démocratie suppose un espace commun, une culture du débat et du désaccord.
Si nous ne partageons plus les mêmes informations, nous ne pourrons plus délibérer ensemble dans l’intérêt de tous. C’est bien là mon inquiétude : le risque est double : une dépendance technologique accrue et une fragilisation de notre souveraineté numérique qui nous garantit la maîtrise collective de nos outils et données.
Auteur: Propos recueillis par Clémence Jost, Rédactrice en chef d’Archimag