La maintenance une activité de main d’œuvre, faiblement automatisable, non délocalisable. Elle requiert des compétences fortes, une connaissance fine et sur la durée des spécificités des immeubles et des clients. Servicielle, elle est exigeante en savoir-être relationnel. Indispensable, économiquement vertueuse, productrice de valeurs « sobres et durables », c’est l’exemple même de la
« frugalité ».
Sa noblesse, « faire durer » par des prestations immatérielles et à exécution successive, est aussi sa malédiction. Ses productions sont invisibles (avant la panne) et difficiles à mesurer (long terme, effets induits et différés).
Financée en OPEX, c’est une « dépense ». Tout « progrès » se mesure en réduction de coûts. Les pressions concurrentielles sur les résultats court terme (KPIs et pénalités) favorisent les prestataires moins disants. Passé un certain seuil, ils ne tiendront pas leurs promesses et seront remplacés régulièrement par d’autres qui connaitront encore moins les installations.
Les risques pour les prestataires sérieux seraient devenus trop grands pour des marges trop faibles, entre 3 et 5% avant impôt, parfois moins. Une tendance à l’éloignement est lisible, notamment pour les grands opérateurs venus de la construction ou de l’énergie. S’ils maintiennent leurs présences, ce n’est pas pour leur rentabilité, mais pour accéder à des marchés de travaux en équipements, en rénovation ou en économies d’énergie, plus rémunérateurs et moins risqués. Les P5 et les économies d’énergie financent (en CAPEX) la maintenance.
Le « bon client » n’est pas celui qui est exigeant en performance de ses équipements, en durabilité, voire, en qualité d’emplois de ses partenaires, bref, en RSG. C’est le propriétaire/locataire d’immeubles dispendieux en énergie et démuni de compétences pour réaliser des projets d’extensions ou de rénovations. Faute d’investissement sur l’essentiel (la sécurité, la continuité, le récurrent…), les clients condamnent les prestataires à rejouer la scène de la défiance dans un théâtre qui impose des marges trop basses sur la maintenance, exigeant des prestataires qu’ils se « refassent » sur des travaux et l’énergie.
En attendant, la pression induite sur les salaires contribue à la pénurie de main d’œuvre. Pour que les prestataires restent au niveau de compétence qu’exige leur contribution à la performance et à l’allongement de la durée de vie des installations, la maintenance immobilière doit pouvoir rémunérer ses techniciens sur les revenus de ses propres contributions.