On s’étonne souvent de la lenteur d’entreprises qui comptent pourtant des centaines, parfois des milliers de salariés. Intuitivement, davantage de ressources devraient produire davantage d’efficacité. Mais dans la réalité, c’est souvent le contraire. Pourquoi ?
La Loi de Parkinson
Dès 1955, le penseur Britannique Cyril Northcote Parkinson formulait une explication qui conserve encore aujourd’hui une étonnante actualité. En étudiant le fonctionnement d’administrations, il parvenait à une conclusion dérangeante : la croissance des effectifs ne produit pas mécaniquement davantage de performance : elle tend même à générer sa propre inefficacité.
Lorsqu’un responsable est débordé, il ne réclame pas un partage de ses activités avec un pair, mais il demande plutôt un ou plusieurs subalternes. Cette solution préserve alors sa fonction dans l’organigramme ; lui évite de se retrouver en compétition directe avec un individu possiblement plus performant que lui ; et accroit son périmètre d’influence puisqu’il supervise plus d’individus.
Or, le problème est que chaque recrutement crée de nouvelles tâches qui n’existaient pas auparavant : coordonner superviser, harmoniser, contrôler, rendre compte. Dès lors, à mesure que l’entreprise grossit, les procédures se multiplient et les besoins de validation s’enchainent. Ce qui relevait hier d’une seule décision dépend désormais d’une chaine d’intervenants dont chacun peut ralentir l’ensemble. La bureaucratie produit alors sa propre justification. Elle crée de la complexité contre-productive, et même si les effectifs augmentent, sa capacité d’action ne suit pas.
Quid du sens au travail et de la responsabilité ?
Dans ce système observé par Parkinson où les taches se fragmentent sans création de valeur, un autre inconvénient majeur émerge : la perte de sens au travail. Quand chacun n’est plus qu’un rouage, la satisfaction du travail accompli s’efface, tout comme la motivation. Il en va de même pour la responsabilité, diluée par le nombre d’individus impliqués.
La leçon de Parkinson est ainsi aussi simple qu’inconfortable. A l’heure où les entreprises cherchent à gagner en agilité, où le télétravail redistribue les modes de collaboration et où l’intelligence artificielle promet d’automatiser une partie des tâches administratives, la question mérite d’être posée : combien de nos processus créent réellement de la valeur ? Il semble que la performance de demain dépendra de notre aptitude à simplifier, à responsabiliser de nouveau, et à redonner du sens au travail collectif.